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Suggestion de lecture du C.D.D.M.

«L’adolescence volée»
par Stanislas Tomkiewicz
(Éditions Calmann Lévy, 1999)

Psychiatre, Stanislas Tomkiewicz est internationalement connu pour ses travaux sur les enfants autistes et polyhandicapés et sur la délinquance juvénile. Tout au long de sa vie, il a mené un combat contre les violences institutionnelles et pour les droits de l’enfant. Dans ce récit autobiographique qui mêle l’humour à l’horreur et fait de lui un grand témoin de notre siècle, il livre les clefs d’un engagement qui prend ses racines dans cette zone noire de son passé.

À travers son expérience personnelle et sa pratique de psychiatre spécialiste des jeunes exclus, il nous aide à comprendre comment on peut se réconcilier avec la vie quand on a été victime, dans sa jeunesse, des persécutions ou de l’exclusion.

Paul Morin, Ph. D., coordinateur du C.D.D.M.


DISPARITIONS

Stanislas Tomkiewicz
Figure marquante de la psychiatrie comtemporaine

Article paru dans le journal Le Monde, le vendredi 10 janvier 2003

Stanislas Tomkiewicz, une des figures marquantes de la psychiatrie contemporaine, est mort à Paris dimanche le 5 janvier 2003, des suites d’un cancer, à 77 ans. Rescapé du ghetto de Varsovie où périt sa famille à l’exception d’une sœur aînée, déporté à Bergen-Belsen jusqu’en 1945, il choisit à sa libération de venir en France. Ce pays représentait pour lui un idéal politique, culturel et scientifique, lui qui voulait à tout prix devenir médecin. De ces années de terreur et de misère, il devait garder toute sa vie l’horreur de la violence personnelle et institutionnelle. Gravement malade à son arrivée en France, il passa son baccalauréat et entrepris ses études de médecine, qu’il avait commencées clandestinement dans le ghetto.

Solidaire de la souffrance
Devenu interne des hôpitaux de Paris, puis chef de clinique dans le temple de la neurologie, la Salpêtrière, il y fut rejeté en raison de ses origines et de ses convictions. Stanislas Tomkiewicz se tourna alors vers la pédiatrie et la psychiatrie pour s’orienter vers la pédo-psychiatrie, alors peu développée. Il demanda et obtint le poste de responsable du centre de Laroche-Guyon, véritable dépotoir d’enfants aux handicaps sévères qui croupissaient dans l’abandon le plus total. C’est là qu’il posa les bases d’une psychiatrie à visage humain qui rompait avec les pratiques des psychiatries universitaires et institutionnelles, et qu’il jeta les bases de l’abord qui fut le combat de sa vie. Il n’hésita pas, à l’inverse des pratiques analytiques (auxquelles il ne fit jamais appel pour lui même tout en reconnaissant leurs acquis), à montrer à ses patients qu’il les aimait et qu’il se sentait solidaire de leur souffrance. Il fut, dans le même état d’esprit, la cheville ouvrière de l’expérience pilote du foyer de Vitry pour adolescents à problèmes, qui perdura jusqu’en 1983 et fut largement étudié et répercuté.

«Tom», comme l’appelaient ses amis, poursuivit le recentrage de la psychiatrie vers une approche humaniste et compassionnelle en menant de front des activités militantes, notamment pendant la guerre d’Algérie(il fut très tôt membre de groupes oppositionnels au sein du Parti communiste). Après Mai 68, où il joua un rôle important dans l’ébullition constructive qui agita les milieux psychiatriques, il soutint en France les tentatives de remise en question des pratiques. Il fut enseignant à la faculté de Vincennes et suivit un temps les tentatives italiennes et anglaises d’«anti-psychiatrie», dont il perçut assez vite les limites. Tomkiewicz recentra ensuite son activité sur la lutte contre les violences exercées sur les jeunes. Il combattit les abords purement répressifs et montra qu’ils s’exercaient dès l’école. Bien que n’appartenant ni au milieu de la psychiatrie universitaire et institutionnelle ni à celui de la psychanalyse, il finit par être reconnu, sinon approuvé, par les deux instances. Directeur de recherche à l’Inserm, il devint, dans son unité de Mont-rouge, une autorité mondiale.

Sans abandonner son humanité son sens de l’humour ou son fort accent polonais, Stanislas Tomkiewicz fut invité dans le monde entier à des conférences, séminaires et commissions diverses. Il fut aussi l’auteur, seul ou en association, de dizaines de publications internationales et de plusieurs livres. Le dernier (L’Adolescence volée, Calmann-Lévy, 1999) relate son expérience déchirante du ghetto de Varsovie, sa déportation et son parcours dans une psychiatrie à visage humain que ses élèves ont tenu à perpétuer.

Pr Marcel-Francis Kahn

 

 

 

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